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Contribution des socialistes de la section 13ème Est
Par ses déclarations sur le « manque d’ambition de Paris en matière
architecturale » (propos tenus le 13 janvier dernier lors des vœux du Président aux représentants du monde culturel), Nicolas Sarkozy a manifesté à l’égard de la représentation politique
parisienne et métropolitaine, une forme de mépris dont il est d’ailleurs régulièrement coutumier à l’encontre de quiconque ne pense pas comme lui. Selon ce champion
des promesses tenues, reconnu par tous pour son progressisme et sa hauteur de vues, la politique municipale se résumerait en effet à « Paris Plage et la Nuit blanche ». Ce qu’il faut, c’est « un
peu d’ambition, de grands projets de la réflexion sur ce que peut être la ville de demain », et surtout « ne pas avoir peur des architectes », parmi lesquels il a pris les dix à la meilleure
réputation pour réfléchir à des propositions, des grands gestes architecturaux, pour construire le Paris de demain.
Ce faisant, Nicolas Sarkozy a révélé une conception étriquée et pour tout dire totalement archaïque de la manière d’aménager une ville consistant à appeler en renfort une escouade de savants chargés de dire ce qu’il faut faire ou ne pas faire à la place des autres. Or ce technocratisme cousu d’autoritarisme est tout sauf bénéfique pour l’aménagement d’une ville comme Paris.
En la matière, les mécanismes d’élaboration et de décision sont forcément complexes en raison même de la complexité urbaine et sociale de la ville moderne. Dire ce qu’il faut faire ou ne pas faire à Paris sans se soucier de l’avis de la population et des élus qui la représentent, c’est agir comme aux temps où Paris changeait selon le bon plaisir du prince. Mais en démocratie, au 21ème siècle, décider comme Napoléon III et le Préfet Hausmann, n’a tout simplement plus lieu d’être, plus de valeur, plus de réalité. Une fois encore, Nicolas Sarkozy a montré dans ce discours rétrograde sur le fond comme sur la méthode, sa propension à s’enfermer dans un déni de réalité.
La réalité est en effet autrement différente des schémas simplistes et puérils qu’affectionne tant notre Président. La réalité politique de Paris et son agglomération, c’est par exemple le long cheminement de la conférence métropolitaine voulue par Bertrand Delanoë pour resserrer les liens avec les représentants démocratiquement élus des départements de première couronne, après des années de mépris manifesté par l’Hôtel de Ville RPR à leur égard. De l’avis de ces élus de Seine-Saint-Denis, du Val-de-Marne et même des Hauts-de-Seine, Nicolas Sarkozy n’a cure.
Pour lui, seul compte le grand geste architectural qui lui permettra de passer à la postérité, sans se soucier que les enjeux de la ville du 21ème siècle ne peuvent pas être réduits à cela. La question des immeubles de grande taille semble par exemple beaucoup préoccuper notre Président : « si vous allez à New-York, y’a-t-il un débat sur les tours ? Pourtant New-York est une ville absolument magnifique ». On sent bien là toute la rigueur d’analyse élyséenne, qui est d’ailleurs révélatrice de la différence d’approche entre la méthode socialiste et la méthode sarkozyste : alors que Bertrand Delanoë a ouvert un débat sur les tours en s’abstenant de le trancher, Nicolas Sarkozy, à l’inverse, a tranché ce débat sans même l’avoir ouvert !
L’édification de tours à Paris, cruciale aux yeux d’un Président pour qui visiblement la taille compte beaucoup, n’est ni une condition suffisante à la résolution des problèmes auxquels sont confrontés les Parisiens, notamment en matière de logement, de mixité sociale et de qualité d’accès aux services publics, ni une solution aux défis posés par la densité urbaine au moment où la prise de conscience environnementale se généralise dans la population. Le lien à créer entre densification et aspiration à une réelle qualité de vie passe peut-être par la construction de tours, mais seulement si cela ne porte pas atteinte à l’environnement et aux exigences du développement durable.
Or ces exigences nouvelles, dont les habitants et les électeurs sont aujourd’hui pleinement conscients, changent complètement notre rapport à la responsabilité, ce qui veut dire un changement dans la manière d’associer la population au processus de décision.
A Paris comme ailleurs, nous savons collectivement et individuellement que nous avons une responsabilité dans le développement durable de la cité. Chacun ressent en effet qu’il doit se comporter d’une manière compatible avec cette exigence de développement durable, parce que c’est nécessaire à la qualité de vie qui est elle-même nécessaire au maintien de la densité sans laquelle la ville n’existe plus. Inlassablement répété, le message du politique et des experts a été entendu 5 sur 5 par chaque citoyen qui compose la population.
Mais en consentant librement à se soumettre au devoir de préserver l’environnement, les citoyens, comme il est normal dans tout contrat social, exigent en contrepartie de cette responsabilité qu’ils assument désormais, un nouveau droit de regard sur la cité, un nouveau pouvoir de décider pour leur cité. En assénant seul son verdit sur ce que doit être une ville au 21ème siècle, Nicolas Sarkozy a montré qu’il n’a rien compris à cette exigence démocratique nouvelle, qui vaut d’ailleurs pour toutes les agglomérations françaises, qui concentrent, faut-il le rappeler, 80% de la population.
La ville ne peut donc pas être autre chose que le produit d’une négociation entre citoyens également responsables, qu’ils soient en responsabilité par leur mandat, par leur expertise ou par leur connaissance du quotidien.
La ville ne peut pas non plus être une commodité au service d’un système économique comme elle l’est depuis la révolution industrielle. Il faut rompre avec les méthodes du passé, par exemple celles du gaullisme, de Delouvrier et des villes nouvelles, qui mettaient la ville entre les mains d’une technostructure chargée de l’optimiser pour faire tourner la machine économique en répartissant ses différentes fonctions (habitat, production, marché), comme feraient des généraux sur une carte d’état-major. L’ère du citoyen passif comme un bon petit soldat est révolue.
Il faut changer d’ère et inventer une méthode démocratique dans laquelle le citoyen est actif et participe pleinement au processus décisionnel. A cet égard, la méthode de la concertation, avec ses deux réunions publiques obligatoires, son expo en mairie et son enquête publique, ne peut plus suffire.
Partout l’on prend conscience de l’exigence de participation citoyenne. Des expériences pour instaurer cette participation sont tentées dans le monde entier, de la France (loi Vaillant sur la démocratie participative) au Vénezuela (conseils de quartier pour l’implantation des équipements publics), en passant par les Etats-Unis (campagne Obama) et même la Chine (où la dictature du PCC octroie aux citoyens quelques droits de décision dans certaines politiques locales).
Dans le 13ème arrondissement, les socialistes ont expérimenté eux aussi une nouvelle méthode participative dans certaines opérations d’aménagement. Cette méthode, appelée parfois « maîtrise d’usage », a pour but de négocier un projet d’aménagement entre tous les acteurs intéressés, à savoir les politiques, les architectes, aménageurs, urbanistes et les résidents du quartier impacté. En faisant intervenir les habitants dès la conception du projet et non après, comme c’est le cas de la vieille méthode de la concertation, la méthode de la « maîtrise d’usage » permet aux experts de prendre en compte les exigences de la population avant de tracer leur premier coup de crayon, à la population de comprendre et de tenir compte de l’ensemble des contraintes techniques identifiées par les experts, et aux politiques de trancher sur la base de cet échange véritablement réel car l’ensemble des réalités vécues (la réalité des experts et la réalité des habitants) sont dans le projet et non périphériques à lui, et véritablement constructif car ce sont les habitants et les experts qui ont construit ensemble leur nouveau quartier. Techniquement, cet échange est reproduit dans un « cahier de préconisations » qui complète en amont le cahier des charges avant qu’il soit voté par les élus.
Une première expérience très encourageante a été faite dans le 13ème arrondissement pour l’aménagement de la portion Tobliac / Chevaleret / Vincent Auriol de la ZAC Paris Rive Gauche, donnant lieu à des dizaines d’heures de débat et d’échange au sein d’un collectif d’habitants mandatés par le conseil de quartier, pour négocier le cahier de préconisations, sur la base duquel fut conçu le cahier des charges par la mairie.
* * *
La méthode de la maîtrise d’usage est une réponse proposée par les socialistes du 13ème arrondissement à la demande de participation portées par les citoyens pour construire la ville du 21ème siècle. En concrétisant ce droit nouveau qu’il faudra généraliser, cette méthode vient en contrepartie de la responsabilité pesant désormais sur tous les habitants, et non plus sur une poignée de décideurs, dans le devenir de leur cité. Elle est l’inverse de ce que fait le pouvoir actuel, où la soumission infantile au fait du prince préside à toutes les décisions, exposant les Français et particulièrement les Parisiens à de graves déconvenues, que l’on pourrait pourtant facilement éviter en renonçant aux méthodes autoritaires périmées prônées par Nicolas Sarkozy.
Agir comme il le fait révèle sa propension, qui est celle de toute la droite, à traiter les gens en citoyens passifs alors que l’ampleur des tâches à accomplir pour marier durablement densité urbaine et qualité de vie exige au contraire de traiter les gens en citoyens actifs. C’est en tout cas la ferme conviction des socialistes du 13ème arrondissement, qui proposent à leurs camarades parisiens cette contribution au débat sur l’avenir de Paris et de son agglomération.
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